2 cela peut paraître peu mais 2 dans une seule journée et vous allez comprendre pourquoi.
J'avais pris hier la liberté d'aller déjeuner à l'extérieur et, pour ce faire, j'ai traversé en voiture la deuxième ville de France.
Quelque peu bloqué dans la circulation, un véhicule stationné a attiré mon attention : voiture plutôt ancienne, banquette arrière encombrée de cartons, vêtements, casseroles et autres récipients trouvant habituellement leur place dans une cuisine. Ce véhicule était habité par une homme d'une soixantaine d'années, cheveux longs, barbe blanche qui, de son poste de pilotage regardait passer les voitures mais évoluait comme il l'aurait fait chez lui.
Mais la réalité est qu'il était chez lui ! Cet homme habitait réellement et vivait dans sa voiture.
Je suis resté quelques minutes devant ce spectacle ne sachant qu'en penser.
Déjà un peu estomaqué, je me suis garé en épi dans une rue peu passante et là, surprise, autre véhicule un peu ancien garé à côté de moi, toutes sortes d'effets personnels sur les sièges arrière, serviette éponge pincée dans la vitre passager avant.
A l'intérieur, une dame d'une soixantaine d'années aussi, la tête posée sur sa vitre, terminait une partie de sudoku. Cheveux ordonnés, maquillage soigné, elle se lança dans un rituel qui me laissa coi.
Une coup de peigne, maquillage dans le rétroviseur intérieur, fouille minutieuse dans une pile de vêtements derrière pour en extraire un manteau en fausse fourrure. Sortie de sa voiture sans même me remarquer, elle enfila habilement son manteau, arrangea une écharpe à carreaux, récupéra quelques affaires dans son coffre (sac en papier d'une grande enseigne). Puis, à la manière d'une mono-maniaque, elle vérifia à 5 reprises que tous les ouvrants de son véhicule étaient bien verrouillés selon un scénario vraisemblablement bien huilé.
Je n'ai pu bouger suite à son départ dans la petite rue, comme si de rien n'était.
Je pensais à mes grands-mères, leurs grands appartements cossus et leurs vies aisées, entourées, sans souci. Je me disais que cette vieille femme devait avoir des amis, des enfants voire des petits-enfants. Ne venaient-ils jamais la voir "chez elle" ? Ne s'étonnaient-ils pas qu'elle ne dispose pas de numéro de téléphone fixe ? D'adresse postale pour lui envoyer ses voeux ou les dessins amoureusement réalisés par ses petits-enfants ?
Toute isolée qu'elle était, cette femme affichait une dignité incroyable.
Je me suis dit que c'était une honte de vivre au XXIème siècle dans un pays de libertés et de constater la désespérance de certaines personnes.
Certes, on est habitués à côtoyer des sans-abris à même les trottoirs de nos villes, mais la déchéance de ces 2 personnes m'a donné envie de vomir.
J'ai bien eu du mal à trouver l'appétit après cet épisode, alors même que je venais de me prendre comme une claque dans la figure, la triste réalité de certains de nos concitoyens.
Comme je vous le disais en introduction, 2 cela peut paraître peu, mais 2 personnes totalement désoeuvrées en quelques minutes ça m'a retourné l'estomac.
Sommes-nous sans le savoir - ou refusant de voir - entourés de tant d'humains qui n'ont plus que leur dignité pour eux ?
J'ai relativisé mes propres soucis qui sont des préoccupations de nanti, et prête désormais davantage attention à ceux mes semblables.
Et vous ? Avez-vous déjà été témoin de ce type de situation ?
A vos réactions...