Un ami de Ma Moitié n'avait rien trouvé de mieux en ce 14 juillet que d'épouser une Bulgare et d'organiser la cérémonie à Sofia.
Forcément, me direz-vous, sinon que serait allé faire Musa à Sofia, hmm ?
Du coup, départ aux aurores via Munich par la Lufthansa : sandwich dinde ou fromage + mono-mini-Twix (ceux qui ont testé comprendront !) de rigueur. On déconne pas chez les teutons. Arrivée pour l'heure du déjeuner, attente interminable du futur prétendant : comment dire, l'aérogare est tellement vide que l'on a eu le temps de se familiariser avec leur monnaie de singe et de commander moultes boissons pour trois fois rien.
Si les Bulgares n'ont de commun avec les Russes que l'alphabet, la langue est tout aussi chantante et avenante; rien à faire j'y entrave que dalle.
Enfin il arrive ! Nous le saluons et sommes aussitôt pris en charge par une armada de taxis au GPL : direction l'hôtel. Perché sur les hauteurs de Sofia, les longues minutes qui nous en séparaient nous ont permis de traverser des paysages de pleine désolation : immeubles qui tiennent debout par l'opération du Saint Esprit, nids de poules (que dis-je, cavernes) au beau milieu de l'autoroute, charrues à cheval en bord de voie rapide et la musique ! Oui car il faut que je vous dise que, comme tout bon pays qui "s'ouvre à la civilisation" la Bulgarie a découvert la musique. Petit souci, elle s'est arrêtée aux années 80. Donc je vous fais grâce des Kim Wilde, Kajagoogoo, Gérard Lenorman et autres Joe Dassin.
Il y a de la musique partout et à fond !
Enfin à l'hôtel (tendance moderne post-soixante-huitarde), vaste chambre où nous nous écroulons quelques heures avant la cérémonie.
Au passage, le taxi ne nous a coûté que 5 machins (oui, enfin, leur monnaie quoi) soit l'équivalent de 2,5€ là où un taxi parisien nous en aurait bouffé 75 !
Re-taxi pour rejoindre l'église au coeur de Sofia : ville d'une autre époque, vestiges du communisme (certes ils savaient construire mais entretenir c'est une autre paire de manches !), amas de câbles électriques traînant sur les trottoirs, immeubles dont on ne sait s'ils sont en ruine ou habités. Ce qui est dingue c'est que nous y croisons des voitures luxueuses car, oui, la voiture est le symbole de la richesse et même les plus humbles préfèrent bouffer des rutabagas pendants 10 ans pour rouler dans un véhicule décent. Je pense aussi qu'une minorité de ces véhicules appartient à des gens bien implantés qui vivent de commerce que la loi réprouve !
Dans l'église c'est le défilé : les cérémonies s'enchaînent à la manières des files d'attente à Disneyland Paris. Cadre à l'image du culte orthodoxe; le pope prononce le mariage après une étrange partie d'échange de couronnes.
Ils sont sortis ! Re-taxi jusqu'au lieu de la réception.
Il s'agit en fait d'un restaurant un peu guindé (pour l'endroit j'entends) sur les bords d'un majestueux lac avec terrasses en restanque. Dommage que le maire ait interdit les réceptions en plein air (y aurait-il des hermétiques aux Village People ?).
On nous fait installer dans la salle où tout le monde est placé : prénom en français et cyrillique de rigueur. Très drôle !
Encore plus drôle est l'assortiment de boissons qui accompagne chaque convive : oui, il y a bien une bouteille de vin par personne + l'apéritif que tout le monde a pris pour de l'eau et autres digestifs. La soirée promet d'être funky !
En guise de funkytude, nous avons dégusté toutes sortes de mets très copieux mais pas forcément goûtus : accras de Vache qui Rit, assiette de salaisons locales, blancs de poulets fourrés à la sauce au cornichon (ils aiment beaucoup les cornichons !) etc.
L'alcool aidant (et la perspective de se savoir raccompagné par un gentil chauffeur du cru) nous avons sympathisé avec nos compagnons de tablée, français eux aussi. Je passe donc sur les profs en école de commerce que je ne nommerai pas, les élus locaux, les doyens de fac. Ma Moitié a beaucoup discuté avec d'anciennes relations professionnelles : tout va bien.
La soirée animée par un DJ Bulgare déchaîné (genre Childéric mais en plus petit et râblé, court sur le dessus et long dans la nuque, le Jean neige et la chemise blanche largement ouverte) a été ponctuée de danses folkloriques aux pas saccadés que l'alcoolémie nous a permis de reproduire sans trop de difficulté ! Je vous passe les différentes traditions basées sur la brioche qu'on tranche au dessus des têtes, pour savoir qui portera la culotte, qui la belle-mère, qui la fertilité de la mariée etc.
J'avoue avoir goûté à tout ce qui se buvait sur la table et avoir été pris d'une fringale en fin de soirée, forcé de dévorer toute la charcuterie que les convives avaient délaissée.
Un peu éreintés, c'est vers 1h du matin que nos files de taxi ont repris du service pour un retour à l'hôtel.
De nuit comme de jour l'environnement est identique : glauque...

Après une nuit de sommeil bien mérité et un curieux petit-déjeuner, nous sommes repartis pour l'aéroport, puis Munich, puis maison. Tout ça en si peu de temps qu'il nous a été étrange de nous dire que nous étions, le matin encore, dans cet endroit.
Bilan de l'expérience : je dirais, mes amis, que la Bulgarie est un pays à découvrir... mais pas tout de suite. Laissez-leur le temps de refaire leur retard, d'écouter de la musique civilisée, d'entrer dans la zone Euro, de ravaler tout ce qui doit l'être et alors ce sera bien. Mais on ne peut retirer aux Bulgares leur accueil, leur gentillesse et leur soif d'ouverture.
P.S. : Le tenancier de l'hôtel avait un gun derrière le comptoir. Véridique !